La France : 1ère destination touristique, pourtant si loin des touristes…

Par Nicolas colin

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Quand un touriste vient en France, la valeur est captée partout, sauf en France (ou presque).

Si un touriste étranger vient passer quelques jours en France, occupe une chambre d’hôtel réservée via Booking, se déplace dans Paris en Uber, visite le château de Versailles, achète des vêtements chez H&M le dimanche (merci Laurent Fabius) et consomme des cafés chez Starbucks, quelle valeur a été créée sur le territoire français ?

Réponse : pas grand chose – tout juste de quoi payer quelques salaires au SMIC totalement exonérés de charges sociales (merci Manuel Valls), générer un bénéfice dérisoire (donc quasiment pas de recettes fiscales directes), rapporter un peu de TVA mais à taux réduit (merci Nicolas Sarkozy) et générer encore plus de dépenses publiques (car il faut entretenir le château de Versailles, dont l’activité est massivement subventionnée, et compenser les exonérations de cotisations par des prélèvements sur le budget de l’Etat ou des déremboursements de médicaments).

La France, première destination touristique, pourtant si loin des touristes…

Aujourd’hui être une destination touristique privilégiée ne crée plus de valeur localement. Il ne peut suffire, pour la France, de se reposer sur son patrimoine et de devenir un pays musée. La menace n’est pas la diminution du nombre de touristes mais l’appropriation par d’autres de la valeur produite par le patrimoine touristique de notre pays. 

Le risque est que le patrimoine français devienne de la simple matière première pour des startups de la Silicon Valley. En développant un lien privilégié avec l’utilisateur, les entreprises de l’économie numérique captent de la valeur qu’elles redirigent vers leur pays d’origine (ou vers les paradis fiscaux) et créent ainsi un manque à gagner pour les opérateurs locaux.

Pas de statu quo possible avec les Barbares.

Comme ailleurs dans l’économie, il n’y a pas de cohabitation possible entre les entreprises en place et les Barbares. Les géants du tourisme de demain seront des software companies, ce qui ne laisse aux entreprises en place pas d’autre choix que d’innover pour espérer faire partie de cette cour des grands.

L’hégémonie numérique dans la filière du tourisme n’est pas jouée : la disruption numérique ne fait que commencer et toutes les cartes n’ont pas encore été redistribuées. Le tourisme est même la filière rêvée pour créer un géant du numérique qui grandira à l’échelle globale depuis le territoire français.

L’innovation ne se décrète pas et la contre-offensive n’est pas une stratégie.

Mais il faut combattre avec les bonnes armes. Les Barbares ne peuvent pas être freinés par une énième bataille juridique ou réglementaire qui viserait à préserver les acteurs traditionnels d’une disruption inévitable. 

Il faudra même peu de temps aux startups pour réussir à s’appuyer sur le capital touristique français et renouveler l’expérience touristique dont le monopole échappe en ce moment aux acteurs traditionnels. C’est à eux de relever un défi industriel inédit : s’engager eux-mêmes dans la disruption plutôt que de se réfugier derrière les pouvoirs publics. 

Le lobbying et les communiqués de presse ne suffisent plus face à une multitude de plus en plus consciente : quand surmonteront-ils enfin leur incapacité grandissante à protéger leurs marges ? Ne voient-ils pas qu’elles se déplacent vers des startups qui intègrent les individus à leur chaîne de valeur ?

Avec ou sans les entreprises en place, l’innovation s’imposera dans le tourisme – et la valeur s’échappera là où se trouvent les sièges des nouveaux entrants. Autant essayer d’innover. À l’attaque !
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Notes

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